top of page

Empathie dans l'autisme

  • 18 oct. 2025
  • 4 min de lecture

Lorsqu’on parle d’empathie, beaucoup de gens pensent à la capacité de “ressentir ce que l’autre ressent”. Mais en réalité, l’empathie n’est pas une seule compétence : elle se divise en deux grandes catégories complémentaires : l’empathie émotionnelle et l’empathie cognitive. Chez les personnes autistes, c’est surtout l’empathie cognitive qui peut être affectée, ce qui explique de nombreuses difficultés dans la compréhension des autres et des interactions sociales.


L’empathie émotionnelle : ressentir avec l’autre

L’empathie émotionnelle correspond à la résonance affective : c’est la capacité à ressentir spontanément les émotions d’autrui. Par exemple :

  • Si quelqu’un pleure, vous ressentez de la tristesse pour lui.

  • Si un ami est stressé, vous sentez une tension en vous.


Chez la plupart des personnes autistes, l’empathie émotionnelle est intacte, voire parfois très forte. Certaines personnes autistes peuvent même ressentir les émotions des autres avec une intensité très élevée, au point d’être submergées ou de se fermer émotionnellement pour se protéger. Ce n’est donc pas un manque d’émotion, mais parfois un trop-plein émotionnel.


L’empathie cognitive : comprendre l’état intérieur de l’autre

L’empathie cognitive, aussi appelée théorie de l’esprit (Theory of Mind), correspond à la capacité à comprendre ce que l’autre pense, croit, ressent ou veut dire, même quand ce n’est pas explicitement exprimé.


Par exemple :

  • Comprendre que quelqu’un est fâché même s’il dit “ça va” avec un ton sec.

  • Deviner qu’une personne est vexée à cause d’un regard ou d’un silence.

  • Interpréter les sous-entendus, les métaphores, les gestes implicites.


C’est précisément cette forme d’empathie qui est plus difficile pour beaucoup de personnes autistes. Ce n’est pas un manque d’intérêt pour les autres, ni un manque d'émotions, mais plutôt une difficulté à décoder les signaux implicites : le ton de la voix, les expressions faciales, le langage corporel, les intentions cachées, etc.


Ainsi, les personnes autistes peuvent :

  • prendre les paroles au sens littéral, sans percevoir le second degré ou l’ironie,

  • mal interpréter une émotion subtile (penser que quelqu’un est neutre alors qu’il est triste),

  • ou avoir besoin que les choses soient dites clairement et directement pour comprendre les émotions des autres.


🔍 Pourquoi cela crée des malentendus sociaux ?

Parce que la majorité des gens communiquent beaucoup par implicite, par non-dit ou par sous-entendus. Une personne autiste, même très empathique sur le plan émotionnel, peut avoir du mal à saisir ce qui n’est pas dit, et donc réagir d’une manière que les autres trouvent “froide”, “détachée” ou “inadaptée”. En réalité, ce n’est pas de l’indifférence, c’est une différence de perception :

  • Le cerveau autistique traite les signaux sociaux plus analytiquement que spontanément.

  • Il a besoin d’informations claires, logiques et explicites pour comprendre la situation.


Cela explique aussi pourquoi certaines personnes autistes ressentent souvent une profonde empathie émotionnelle, mais ne savent pas comment la traduire en action appropriée sur le moment. Elles peuvent réfléchir après coup et se dire :

“J’aurais dû lui dire ça”, ou “je comprends maintenant pourquoi il était triste”.

Et la “foi” ou les croyances dans tout ça ?

Lorsqu’on parle de foi, qu’elle soit religieuse, spirituelle ou symbolique, cela implique souvent une lecture implicite du monde : croire en des intentions, des signes, ou des représentations abstraites. Comme l’empathie cognitive est liée à la capacité à imaginer les pensées ou les intentions d’autrui, certaines personnes autistes peuvent aussi avoir :

  • soit une approche très rationnelle de la foi, cherchant des preuves concrètes,

  • soit, au contraire, une foi très intuitive et personnelle, ressentie profondément mais difficile à expliquer.


Ce n’est pas un manque de spiritualité : c’est une autre façon de comprendre les concepts invisibles ou symboliques, selon la manière dont leur cerveau interprète les intentions et les émotions non visibles.


L’alexithymie : quand identifier ses propres émotions est difficile

L’alexithymie est une difficulté à identifier, comprendre ou exprimer ses propres émotions. Elle est fréquente chez les personnes autistes, mais elle n’est pas spécifique à l’autisme (elle peut exister seule). Une personne alexithymique peut :

  • ressentir une émotion sans savoir laquelle (“je me sens mal, mais je ne sais pas si je suis triste, en colère ou stressé”),

  • avoir du mal à mettre des mots sur ses émotions,

  • ou confondre émotions et sensations physiques (par exemple, penser qu’elle a mal au ventre alors qu’elle est anxieuse).


Cela peut aussi rendre l’empathie émotionnelle plus complexe à gérer : si on ne comprend pas bien ses propres émotions, il est plus difficile de reconnaître clairement celles des autres.


Aide pour identifier ses émotions / sensations :


En résumé :

Type d’empathie

Définition

Impact chez les personnes autistes

Empathie émotionnelle

Ressentir les émotions des autres

Souvent intacte ou amplifiée

Empathie cognitive

Comprendre les pensées et intentions des autres

Fréquemment plus difficile

Alexithymie

Difficulté à identifier et exprimer ses propres émotions

Présente chez beaucoup, complique la gestion émotionnelle

Les personnes autistes ne manquent pas d’empathie. Elles ressentent profondément, mais ont souvent besoin que les émotions soient clairement exprimées pour pouvoir y répondre de manière adaptée. La différence ne se situe pas dans l'affect, mais dans la façon dont le cerveau traite et interprète les signaux sociaux et émotionnels.

Commentaires


bottom of page